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1 ) mis en ligne le 19 janvier 2010 : La fontaine de Béniguet  ( dans l'aber-Benoît à Saint-PABU )
texte plusieurs fois édité et publié actuellement par le site de la mairie de Saint-PABU.

2 ) mis en ligne le 19 janvier 2010 : Le passage du crapaud ( Lanildut et lampaul plouarzel)
texte plusieurs fois édité et pubié actuellement par le site de la mairie de Lanildut.

3 ) mis en ligne le 20 janvier 2010 : Soupirs d'exils ( souvenirs des racines Bretagne, Nord de la France puis...)
texte plusieurs fois édité.

4 ) mis en ligne le 20 janvier 2010 : Voyage ( souvenirs de voyages en bateau dans la zone Antilles )
texte plusieurs fois édité.

5 ) mis en ligne le 24 février 2010 : Les îles sublimes ( nouvelle : Sur la mer Caraïbes ... )
texte de nombreuses fois édité


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Texte N° 5 :

                                    Les îles sublimes

 

 

 

  Voici venir vers moi le bateau souvent rêvé, un superbe  monocoque de soixante pieds. Toute la famille embarque, l’ancre est levé, destination les îles vers une autre liberté .

    Nous sommes en juillet de l’année deux mille cinq, la nature est si belle et l’avenir une véritable merveille. Nous voici, en famille, lancés sur l’océan pour connaître simplement d’autres horizons. Le bonheur est à portée de doigts et chaque seconde est une invitation au sourire.

 

    D’autres bateaux nous accompagnent, étrangement nous semblons prendre la même direction. Nos routes sont des parallèles, c’est comme une course de lenteur où tout semble un avenir de bonheur.

 

    Quand la brume libère une nuit de folie, sur l’étrave, à pinceaux de nuages le mirage des sables redessine le monde. Quand la lune apparaît en cette nuit trop blanche la danse des nuages retouche le tableau de la vie.

           Me voici spectateur à la recherche d’une vérité et voilà encore, une lune éphémère. Un rayon de l’oubli éclaire à blanc soleil l’aventure des sables.

 

           Où suis-je ? Mes yeux s’entrouvrent sur un spectacle merveilleux : La mer, les îles, ce voilier parmi bien d’autres bateaux et puis David mon fils de quinze ans, Judith ma femme belle et douce mais aussi Gwenaëlle notre bébé. Nous sommes tous là sur le voilier direction les îles, cap sur les Grenadines.

 

  A chaque seconde la rencontre des flots se poursuit. Voici les grands courants vertueux et toutes ces vagues aux volutes gracieuses. Le mariage de l’écume se consomme sous l’égide des Dieux, tout est naissance. Nous sommes près de BEQUIA ou UNION ou MAYREAU … Je ne sais plus très bien car la brume de sable fait se découper en mirages les contours de la terre. Le GPS et le compas sont en plein affolement, aucun point n’est possible mais qu’importe nous sommes entre les îles par beau temps .

 

  Notre route va croiser d’autres destins, d’autres vies qui nous accompagnent. La mer se creuse par instant pour dévoiler d’autres sillages. Les dômes étincelants se propulsent de vagues en creux. Des queues frappent les flots, des souffles bruissent dans le large . Voici nos amies les baleines qui remontent par le courant des îles vers la fraîcheur des mers nordiques.

 

  La mer est un chemin bordé de beaux rivages où s’inscrivent les pages de toute notre histoire. L’océan est un guide pour les âmes divines emportant vers le ciel l’espoir d’une vie nouvelle. Le vent porte dans le lointain le voilier de mon cœur . La grand voile, immense, et  le génois entièrement déroulé font glisser au grand largue la coque de soixante pieds.

 

  Tout est calme, une fois que l’horizon devient une montagne aux trop puissantes vagues accrochées aux nuages, on ne peut que rêver aux grandes palmeraies ondulant en silence près d’une plage immense. Maintenant que le bateau s’amourache de l’eau, son corps en conquérant flirte avec l’océan.

 

  Mais voici quelques voiles orientées vers le port d’une première petite île. Les courants nous écartent les uns des autres mais étrangement si des bateaux rejoignent la terre d’autres reviennent dans le cortège des vents. Le flot est toujours infini , une île approche et puis encore une nouvelle… Certains s’arrêtent quand d’autres semblent poussés vers un autre destin. Il y a de grands yachts fraîchement repeints et de sombres barcasses flottant par habitude. Il y a du bonheur et des chants sur certains mais aussi quelques pleurs mélangés à des rires. Il y a des jeunes et des moins jeunes, des anciens courbaturés, d’autres qui restent assis ou allongés et surtout de toutes les nationalités. Quand les bateaux passent très près, j’entends des langues connues ou inconnues…. On se fait des petits signes et la navigation continue. Je ne suis pas pressé, je tiens à goûter à chaque instant de vérité. Mais quelle est cette vérité ?

 

  Le ciel se voile d’un nuage puis un autre et un autre. L’ombre d’une brume lentement apparaît et le voilier reste seul dans les canaux d’îles sublimes à rechercher dans le couchant l’espoir d’un meilleur temps. Un clavier de vent fredonne l’écume de chaque vague. Dans le lointain la chevelure rousse des montagnes déroule , à ses pieds, des langues de sable.

 

  L’amour est si proche maintenant, sur mon corps, je le sens. Le sillage du navire si docile se balance d’îles en îles et là encore je le sens, la brise est toute proche. Je la vois sur l’océan gonfler mes voiles de bons vents. Pourtant dans un frisson je puis imaginer un vent hurlant qui approche comme un souffle de la guerre avec son courant de misères brisant les calmes de la paix. Comme la brume, lentement, étend ses bras tentaculaires je peux ressentir l’émotion friser le soir sur l’océan.

 

  Un clavier de solitude élève un rempart de silence même si le brouillard du rêve cristallise le temps, même si la tempête devient le présent. Nous voici ballottés par les flots. Debout sur le pont j’affale en partie la grand voile, avec deux ris et un demi génois on se couche moins par le vent de travers, j’ai l’impression d’être le maître à bord, de maîtriser l’espace. Dans le tumulte des vagues on avance, on avance.

 

  J’entends des cris, des hurlements comme si le vent martyrisait les âmes. La coque grince sa peine et les haubans sifflent dans le vent. Les éclairs poursuivent les rivages d’un brouillard de rêves et cauchemars jusqu’à l’entrée dans un lagon. De la brume de chaleur monte l’humus de la côte, les clapotis de l’eau deviennent les échos du bonheur. Je vois une très belle plage et surtout beaucoup de fleurs, de multiples couleurs.

 

  Toute la grand voile est descendue, toute seule, voici le silence.

 

  Je ne comprends décidément plus rien, tout semble une merveille.

 

Nous arrivons près d’un ponton, on l’accoste. Tout est bonheur dans ce nuage de beauté. Quelques cocotiers sont penchés sur les flots, leurs palmes caressent l’écume de chaque vague en un long mouvement de plaisir. La mer scintille de poissons multicolores. Voici un spectacle féerique avec en fond un morne de verdure bercé par le soleil : c’est un jardin d’Eden.

 

  David, en surfeur bronzé et déterminé, monte sur le pont avec sa planche sous le bras. Il s’approche du bord, saute sur le ponton et s’en va vers la plage. Il se retourne et comme d’habitude rit à gorge déployée. Il est heureux et nous fait des petits signes.

 

 

Mais, mais où allons-nous ? Le bateau quitte le quai, rien ne se passe comme prévu et je cours jusqu’à l’étrave en hurlant, en hurlant. Le tonnerre de l’orage couvre ma voix, la brume voile lentement la terre et je sens toute la peine envahir mon corps. Une main se pose sur mon épaule et je sens tout l’amour de Judith. Des larmes glissent de nos yeux, nos regards sont éternels.

Le génois se déroule, la navigation reprend mais je ne maîtrise rien, plus rien, me voici spectateur encore spectateur.

Une fois que l’étrave rencontre les dauphins, c’est une apothéose de soleil en chemin. Quand la valse des corps vient caresser la coque je sens les vibrations d’un grand amour naissant.

Au gré de ses envies on voyage sa vie, au gré de l’océan on voyage pour arrêter le temps ou peut-être simplement pour flirter nez au vent.

 

La vie se poursuit, le voilier de mon cœur est plein de solitude quand se fane une vague de fleurs. Le voilier de mon cœur se plie sous la tempête et frissonne aux caresses des ondées de bonheur. Les vagues de la brume fleurissent en poésie pour la naissance d’un nouvel infini.

 Ce bateau n’est-il pas en fait celui auquel je rêve depuis si longtemps ? Il est magnifique, il est …magique.

On s’approche d’une île, c’est encore le même bout de terre qui revient. David est sur le sable dans le lointain et cette fois quand le bateau accoste, Judith et Gwenaëlle quittent le bord. Avec des regards plein d’amour les voici qui partent vers la plage. Il semble alors flotter sur l’écume des âmes comme une grande sérénité.

Je ne comprends rien, plus rien mais je suis bien décidé à connaître la vérité. L’eau devient tumultueuse mais je garde les amarres bien en mains, je ne veux pas partir malgré le retour de la tempête. Les vagues frappent sur la coque et je me cogne de toute part. L’espace est d’une rare violence, je suffoque, un hauban s’arrache et la moitié du mât se rompt à la première rangée des barres de flèche. Les vagues envahissent le pont, je m’étouffe et je hurle, je hurle…

Plus rien, soudain le calme revient, la brume se disperse et l’île superbe respire encore le bonheur. Me voici près du plat-bord , j’ai hâte d’être à terre mais comme c’est étrange.  J’entends encore des appels, est- ce depuis le bateau ? Mais il semble neuf malgré la tempête , alors que je l’ai vu dans un tel état.  Mais oui voici encore des cris :

-                                      Monsieur , monsieur, ouvrez les yeux.

-                                      Monsieur, monsieur restez avec nous.

 

Est-ce moi qu’on appelle ? Peut-être, alors j’entrouvre les yeux, il y a du soleil. Non ce n’est pas cela mais de la lumière beaucoup de lumière et puis il y a aussi du bruit, beaucoup de bruit. Des sirènes et des cris envahissent ma vie, où suis-je ? Je vois du blanc, beaucoup de blanc et puis du rouge, beaucoup de rouge mais c’est du sang. Je vois du sang, du sang partout et j’entends encore par dessus tout cette voix :

 

-                                      Monsieur, monsieur …

 

Comment encore penser à quelque chose , comment respirer alors que tout s’écroule. Je revois une route, mon Dieu oui cette route et puis un virage et puis un camion et … ma femme, mes enfants et moi. Me voici maintenant avec des tubes, une minerve et tout qui bouge. On me transporte et ce bruit de moteur, je m’envole mais alors, alors …

 

 

 

 

Je revois l’espace de multiples îles et mes rêves de poète voguant dans les eaux sublimes. Je revois tous mes espoirs lorsque la mer vient se coucher dans le soleil du soir ridé des vagues aux doux reflets. J’entrevois l’étrave de la vie qui s’enfonce et la fin humaine d’un simple monde qui cherche un lendemain et sourit au mot fin.

 

Dans la mer de l’espace la poésie des mots rejoint le bastingage du bateau. Alors je comprends mieux tous ces paysages et revois mes éternelles amours : Judith, Gwenaëlle et David. Ils sont là réunis sur le bord de la plage, ils me sourient, ils sont heureux.

 

Le clavier de l’histoire écrit sur la partition le rempart du temps présent, la musique du chagrin flagelle les harpes du bonheur, muse je t’attends, muse je n’ai pas peur. La musique des jours étend la partition de l’extrême depuis l’aube des inconnus jusqu’à l’immensité suprême. Tout est naissance d’un autre monde. La poésie devient le cheminement de l’aurore. Tout devient errance d’un espace sans cesse multiplié, chaque fraction de seconde devient naissance. Voici la création d’une autre humanité.

 

Fermement je saute sur le quai, le bateau lentement semble s’éloigner et j’entends encore des voix qui m’appellent… Vais-je remonter ? Le voilier revient vers moi, une muse approche , elle me tend les bras. Je comprends alors l’inutilité de poursuivre, je sais que je puis encore reprendre la mer mais pour quoi faire, pour quel univers ?

 

Je marche vers le sable, vers l’amour des êtres chers. On se regarde, on se sourit, on se nourrit de notre amour quand la brume du large revient nous emporter. Nous voici ensemble, nous voici réunis pour l’éternité dans la paix.

 

 

édité Les Amis de Thalie  en 2006

 

 Recueil :  Poètes et Nouvellistes d’aujourd’hui

 

 

 

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texte n° 4 :
 

                                       Voyage   
 

              Le doux bruit d’un moteur accompagne le soir, les flammèches du port s’éteignent dans le noir. Au sortir de l’unique baie des Flamands, adieu la Martinique, voici les conquérants . Corsaire de toujours notre voilier d’antan est paquebot d’acier sans recherche de vent.

  Un drapeau à fond bleu et multiples étoiles flotte bientôt au large de Sainte Lucie c’est déjà le début d’une autre vie. Par un ciel sans nuage le jour va se coucher, ce début de voyage est d’écume arrosé. Le reggae de la nuit aux creux de chaque vague est silence des rêves pour derniers enfants sages. La couche est confortable, berceau des mers, dormons.

 

              La mer des caraïbes nuage le rêve. Les palmiers courbent leur être, même la musique devient solitaire. Les étoiles de la nuit portent à dos de vagues les feux de l’enfance et comme chaque voile d’espoir respire l’innocence tout est berceau du silence. Voici d’un regard l’envers de chaque monde où vivent les hommes à la poursuite des temps anciens. La mer des caraïbes est une passion, alors à l’abordage, sus au galion et que le boulet d’un pirate …

 

              Réveil, est-ce la mer ?. Regard, est-ce une autre terre ?. Un lever de soleil hésite à se faire voir, l’astre d’amour rosit de confusion mais se voile en doré de multiples rayons. L’horizon des îles est sublime lumière. De rêves il n’y a point car elles sont belles ces Grenadines. Elles sont comme on les imagine, plus pure chaque jour que reines de l’amour et plus riches à chaque instant des mystères du vent.

 

              Les récifs dorés éclatent quelques lames lorsque l’horizon de la mer se déchire pour une terre couleur d’amour. Au talus des falaises le port est accroché, aux replis de la houle les barques du Brésil accostent au long des quais. Un parfum de pêche apporte ses délices jusqu’aux paniers garnis du marché aux épices. La mer est à chaque détour et quand le gris du soir envahit les montagnes l’air douillet de la nuit chante sous les carbets. Les vieux forts gardent la rade, aux chemins de l’histoire Grenade respire la vie. Saint Georges accueille alors le dernier cap hornier , quatre mâts de bonheur, le décor est planté.

 

              Les sirènes des yeux dévoilent leurs paupières, il reste une douce lumière. Le spectacle est radieux , un instant d’univers car voici une langue de sable et de palmiers enserrés dans une eau plus pure que l’été. Miracle de beauté, Cariacou est à l’aube des temps. Dans cet inconnu me voici habitant des profondeurs de la vie. Des poissons perroquets bientôt rejoints par quelques milliers de beautés en habits de gala viennent jouer la grande scène des jours. Le décor est planté de buissons écarlates, le tapis de corail est peuplade mais déjà un pudique éventail dévoile certains gestes d’amour. Être à l’unisson des vagues un courant frissonnant dans le chemin des algues et surtout un poisson volant sur le bris d’une écume à voilure d’argent.

 

   

     Sur l’île de soleil, de sommets, de forêts, étendues de rocailles entre sable et palmiers l’eau du large est aux caraïbes une source de vie. Aux chemins de la nuit l’amour est survenu. Sur les plages de Mayreau certains se sont reconnus…

 

     Dans le port d’Union, lentement les voiliers emmêlent leurs amarres. Au gré de chaque lame s’unissent les cordages. Les mâtures se cherchent quand frissonnent les voiles. Enfin, les ponts ne font plus qu’un, sous le ciel d’eau nacré de cet îlot sublime le suprême voyage des ponts se termine. Sur le sable brûlant de leur nouvelle vie ils s’échouent en silence dans les chairs de la nuit.

 

     Une lame glisse sur les longs rochers de pierres acérées élancées dans les eaux. Une lame revient vers les fines algues emmêlées au corail enfermant l’éternité des poissons aux couleurs de richesse. Une lame se dresse sur les flancs des rochers qui dominent la mer, ruisselant de plaisir le visage des plages étend son maquillage de pierre en pierre.

    

L’espace d’un regard le théâtre du port, aux beautés de la nuit vient changer de décor. Un ancien flibustier illumine les flots berçant de sa musique les danses chaloupées. Et valse le tafia, le Rhum blanc, le Rhum vieux, l’Absinthe explosera le bonheur de Béquia. Dans la mer les souffleurs accompagnent le large, et tissent sur les eaux les plus belles images. Nos amis les dauphins aiment à fendre les vagues. Plus loin le souffle puissant d’une masse grisâtre fait jaillir un mince filet d’eau bleuté vers l’entrée du vieux port des anciens baleiniers. Une lourde queue frappe les eaux , frappe l’espace, frappe les flots et pourtant l’instant devient silence. Faire la course aux baleines était l’existence de cette île sereine aux confins des Antilles mais aujourd’hui les rorquals peuvent s’arrêter, regarder et se laisser admirer là où leurs ancêtres chaque jour mourraient.

 

Kingstown s’est éloigné ainsi que Rodney Bay. Il reste alors le monde en recherche d’esprit courant après le sens des espaces de vie. Nous voici au passage du canal de nos îles, les regards sont messages au vent des Grenadines. Il me reste le rêve pour marcher sur les flots puisque la Soufrière est montagne de mots.

 

           

-  1991 –  de jean-luc saliou

 

- Edité : «Les amis de Thalie » en 2002      Semeurs de mots

 

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texte N° 3
 

                                       Soupirs d’exils    

 

            A ces montagnes d’ébène qui signent la plaine et ces couloirs de la vie au fond des lointaines galeries. Alors on gratte, gratte le ventre pour extraire le charbon des viscères de notre belle terre, alors on gagne un instant de vie lorsque crissent les roues et poulies des chevalets de la nuit.

              Aux regards de ces hommes dénommés gueules noires, fiers du labeur, fiers de la gloire d’avoir inscrit leur cœur au livre d’or de l’histoire. Voici le regard des familles qui sur des décennies savent le sens véritable du mot amis quand s’endorment les corons de l’oubli.

 

            A ce lointain cauchemar du terrible départ où le chemin des rues mène encore à l’enfance par les pavés usés d’une autre indifférence. Sur le livre de la vie il s’écrit dans la semence une dernière page du silence. Voici une ancienne histoire des méandres de la mémoire quand certains pâturages se hérissent de mâts de charge pour que le houblon aromatise nos bières de Garde en philtre d’amour.

              A toutes ces collines ou rien ne fut jamais sombre quand les grandes ailes des moulins de nos champs, en gardiens de bastions empierrés moulinent à jamais le grain de la liberté. Une peur du monde, autrefois ignorée, installe sur les grandes vallées colorées par les blés, un immense drap d’or jusqu’à la Mer du Nord. L’océan de nos plaines embrasse un avenir superbe quand les lents mouvements que le vent aménage recouchent infiniment le spectacle ondulant.

 

              A toutes les saisons quand l’été à moisson épèle vers le ciel une aurore nouvelle où les cœurs étincellent d’amour. Toutes les visions d’un été à chansons recouvre le Nord, sans façon, d’un drap de floraison. L’homme refait un univers de raisons qui a fait de nos champs des broderies immenses travaillées aux fils des souvenirs. Les plaines du passé sont tissées dans l’avenir qu’on se doit de quitter. C’est déjà ce qu’on laisse sans pouvoir oublier, c’est aussi cet espace d’êtres tant aimés.

 

              A cet instant où n’existe plus le temps, mais le silence.

 

Un long mouvement d’horloge, seul, marque la suite du temps, marque le vide où la vie s’estompe et le silence, le silence même s’estompe.  Un rugissement de tonnerres de cris brise la souffrance d’un passé qui s’enfuit . La colonne des ans craque à grands bruits, la colonne du temps craque dans la nuit.

   

 

          L’être tant attendu peut vivre et revivre en quelques heures les beautés de la vie. Il peut sentir les premiers flocons de bonheur quand la Saint Nicolas farine la poudreuse et que la jeunesse explose dans le rire et la joie. Cette première Saint Nicolas, espace d’amitié d’une ville métamorphosée par les groupes où le rire est roi. Les pavés jaunis par les œufs, blanchis quelquefois, usés par les voix, vivent et revivent toutes ces heures et tous les ans le chemin du bonheur.

          Pour les rires, pour les danses de la nuit , jeunesse je t’envie.

 

          La mémoire peut vivre et revivre la douceur des falaises d’Opale quand le vent des silences écarte la brume sur le Marquenterre. Voici les rochers immortels que le vent fait frémir sur le chemin de ces beaux paysages où le rêve d’amour rejoint les tourbillons d’été quand s’égrènent les flammes des vagues clairsemées. Dans ces jours de folie les galets de la nuit frissonnent toujours quand l’écume du large entrouvre son corsage aux caresses du vent.

          Sur les cordes légères des tiges de fougères les harpes de la vie transportent au long des plages les chants mélodieux des sirènes de sable fardées aux couleurs des belles de nuit. Sur les cordes écarlates des pinceaux de l’orage, les guitares du grand large entonnent l’hymne des rêveries. Les haubans des voiliers frémissent de plaisir quand la côte d’Opale dessine dans la craie l’unique partition des cris de l’homme du passé.

          La vague de l’exil lentement se retire. La muse de l’oubli couchée sur l’horizon approche tristement son voilage de larmes. Elle écrit le miracle des belles images du passé sur le grand écritoire du cap Blanc Nez et rosit les nuages de poussière d’orage. La vague d’exil est source de revivre quand l’esprit alarmé ne peut retrouver l’éclatante beauté du sommeil dans le lit de la mer accueillant le soleil chaque nuit comme un nouvel amant.

          Etre au cœur de la vie le sillage des foules de vagues immortelles qui se figent soudain : plus de vie, plus d’écho, plus de vent, plus de mot, plus de rêve. Il reste à l’exilé le silence suprême d’un autre désert où les peuples du passé sont figés dans la mort.

 

Un autre espace de vie ouvre un nouveau parchemin à tous les exilés des espaces connus et inconnus, à tous les sourires fanés dans un passé oublié, à tous les regards embués, à tous les souvenirs figés dans un avenir non envisagé.

Le dernier acte de vie est né pour tous les exilés qui ont conquis le temps en s’ouvrant l’esprit au spectacle des ans comme pour ceux qui ont souffert aux soupirs de leur chair dans la sagesse de l’univers.

Ainsi la quête de la liberté sera en chacun l’indispensable chemin pour que l’homme reste à jamais un pilier d’amour pour ce qu’il a créé.

 

 

Martinique – 1991 –  de jean-luc saliou


- Edité : «Les amis de Thalie » en 2002      Semeurs de mots




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texte N°2 :

Le passage du Crapaud

 

 

 

            En ce temps là et je vous parle d’un temps où les nuits étaient froides, où les tempêtes de mer faisaient frissonner les plus habiles marins. En Bretagne les routes des campagnes étaient des chemins boueux et sinueux creusés entre de hauts talus de pierres et de terre permettant de se protéger du vent cinglant du large.

            En ce temps là donc les fortins côtiers de Napoléon n’étaient encore que de vulgaires buttes de terre et les bords de la Manche laissaient voir au lointain les tourments des marins depuis les îles de Molène à Ouessant.

            Près de bourg de Lanildut, un peu au dessus du port de Laber  mais bien au delà des carrières de granit, vivait un fort honnête homme : Eugène Marie boucher de profession. Il tenait boutique sur le haut du Kernioc mais tous les jours que Dieu fait, sauf il va de soit le dimanche et les jours Saints, il allait avec sa charrette faire sa tournée dans les fermes isolées de la campagne et dans les maisonnées de pêcheur du bord de mer. Il vivait très heureux au Kernioc auprès de sa femme Adèle qui venait d’accoucher d’une deuxième fille : Eugénie Yvonne Marie.

 

            Ce jour là « Diben Eost le décapiteur des moissons » (1) venait de faire tomber les premières feuilles de la saison ce qui avec le crachin de nos côtes rendait le sol ameubli et glissant.

 

            Bien avant le lever du soleil Eugène Marie préparait la tournée qui le menait jusqu’à Lampaul Plouarzel pour le marché du vendredi. C’était un jour qu’il n’aimait pas beaucoup car sa charrette déjà bien ancienne serait pleine mais surtout « Hector » , son vieux cheval gris, donnait depuis cette année des signes de fatigue. Il fallait donc faire une bonne année pour investir dans un nouvel attelage.

 

              Une pluie cinglante avec un vent d’ouest avait tenu toute la maisonnée éveillée et maintenant une lourde tempête posait la chape d’amertume  de ses nuages sur notre petit port Breton. Ce vendredi commençait donc très mal mais Eugène Marie fort de ses muscles de trente ans préparait en toute hâte sa tournée. Bientôt, notre boucher et sa charrette bien chargée firent route vers le chemin du Roz pour aller à la ferme de son ami Yvon. Hector le vieux cheval se donnait bien de la peine pour faire avancer ce lourd convoi. Le tonnerre grondait de plus en plus vers le bord de la mer et les éclairs zébraient le ciel noirâtre et lourd de milliers de feux. Ce matin était un véritable cauchemar alors pour aider sa vieille rosse et calmer sa peur à chaque roulement du Dieu Tonnerre, Eugène Marie décida de passer par le chemin plus plat de Kerdrévor  et se mit à marcher près de son brave cheval en récitant à voix haute des Paters, car notre homme était très pieux.

 

  

                     A la croisée du Pontic le vieux chêne centenaire sembla soudain se transformer en monstre végétal et lentement un bras de verdure fit un signe à notre homme. Peureux mais curieux  il s’approcha de l’ombre et entendit un grand rire : « Ah ! Ah ! Ah ! ». Lentement  il vit apparaître un très vieil homme recroquevillé  sur une racine. La barbe grise ébouriffée, l’œil toujours vif  il dit :

-                 Mont’ra mat ganit, Eugène ?               ( Tu vas bien , Eugène ? )

-                 Mat-tre, trugarez. Brein eo an amzer   ( Très bien merci .  Le  temps  est pourri. )

 

 

Il faut dire qu’en Bretagne, comme peut être partout au profond des campagnes, on parlait peu sinon de Dieu et du temps qu’il fait.

 

 Le vieillard lentement tendit sa main. Il demandait l’aumône immédiatement donnée à travers une tranche de pain noir et un grillon de lard. « Seigneur Marie Joseph » s’exclama Eugène en faisant un bond de côté alors qu’il voyait son vieil attelage se transformer en une grande et belle charrette toute noire menée par deux brillants chevaux.

 

-                 Prends le donc, lui dit le vieux , cet attelage sera toujours aussi jeune et vigoureux durant toute ta vie sur terre à la seule condition de ne jamais prononcer, en sa présence, le nom du fils de Dieu. Si par malheur cela arrivait, l’ancien chariot et ton Hector réapparaîtraient encore plus vieux et décharné.

 

Il rajouta ce proverbe Breton :

An hini a ya fonnus a ya pell       ( qui va vite, va loin )

An hini a ya difonn a ya gwell     ( qui va doucement, va bien mieux )

 

Eugène promis d’y faire très attention et s’en alla frissonnant et joyeux pour son marché de Lampaul Plouarzel où il parada avec forces raisons. Le soir venu , à la boutique , Adèle n’en croyait pas ses yeux et dès le lendemain le curé  vint bénir cet attelage en ayant bien soin de ne jamais prononcer le mot fatidique. Une fête fut donnée , tous les amis d’alentours firent bombance et longtemps plus tard de Saint Renan à Ploudalmézeau on parlait encore de ce fabuleux festin. Tous les ans , pour le  Grand Pardon , une procession menait pieusement nos Bretons jusqu’au Pontic. Les prières étaient marmonnées et bien que le bel attelage ne fut jamais présent aucun chrétien n’aurait oser prononcer tout haut le nom fatal si souvent invoqué : intérieurement et sur le chemin de croix.

C’est ainsi que passèrent dix années très heureuses et prospères. Adèle s’occupait de ses enfants et de la boutique tandis que son mari travaillait dur, car il faisait tout dans son commerce : abattage des bêtes, préparation et coupe de la viande , vente et soins de ses fiers destriers …

 

Il faut vous dire qu’en ce temps là , L’aber-Ildut était aussi une petite rivière séparant sur plus de dix lieues Lanildut de Lampaul. Cette rivière débouchait dans la Manche par un étroit passage portant le nom du gros rocher qui le borde :  le crapaud . Alors même si à marée haute il y avait plus de six mètres de profondeur, à marée basse il était possible d’utiliser cette voie charretière pour traverser, l’eau n’étant plus alors qu’à hauteur des genoux.

  

 

Or donc si chacun pouvait y passer à pied, aucune charrette bien chargée ne s’y serait aventurée sans l’aide de toute la famille Gourgouen  de Porscav qui moyennant un octroi accompagnait chaque roue dans les trous du gué. Ce raccourci évitait le long détour jusqu’au fond de la rivière et donc les mauvaises routes du Vern, Brélès et surtout Pont Reun.

 Grâce à la dextérité de ses chevaux, Eugène avait pris l’habitude de partir de plus en plus tard pour faire toute sa longue tournée et se rendre au marché . Ce vendredi matin là il était de fort belle humeur et décida de passer par le gué du crapaud afin de rattraper le temps perdu. Fier et têtu comme un breton du Léon mais surtout près de ses sous il refusa toute aide et lança son lourd chargement sur l’étroit passage.

 

 

Il faut vous dire qu’en ce temps là bien sûr, la vie n’était pas facile et beaucoup était à la fois agriculteur sur leur petit lopin de terre, éleveur de quelques volailles, pêcheur de bord de mer , goémonier pour « la piquette » et bâtisseur de maisons basses entourées de muret d’enclos protégeant les cultures des vents salins. Si le granit ne faisait pas défaut, il n’était pas toujours facile de trouver le sable pour faire un ciment acceptable car il était interdit de tirer le sable des plages. Ainsi dans la nuit, à chaque marée basse, on pouvait voir des ombres se faufiler sur les grèves voir même jusque sur la voie charretière afin de ramener cet élément indispensable.

 

Alors me direz-vous qu’advint-il d’Eugène Marie ?

 

 

 

 Ce matin là, le Seigneur était au rendez-vous,  car notre fringant boucher passa de l’autre bord  en riant aux éclats.

Le soir, dix heures plus tard, sa journée fut si excellente que délesté de tout son chargement il décida de retourner par le raccourci du crapaud. Il faisait déjà presque noir, la mer finissait de descendre et déjà quelques ombres allaient et venaient près du bord. Une fois de plus malgré tout l’argent du jour ramassé , il déclina en riant l’offre des passeurs et s’avança au galop jusqu’au milieu de gué où l’attendait un grand trou qui le fit tomber de l’attelage. Ceci n’aurait eu aucune conséquence si dans son malheur notre boucher n’avait pas juré : « Jésus Marie Joseph ».

Alors le squelettique Hector réapparut avec sa vieille charrette qui se brisa d’un coup sur le dos de notre homme. La tête dans l’eau il essaya en vain de se sortir de cet enfer. On eut beau l’amener sur le bord, l’allonger hélas sur le dos, lui faire respirer des sels, appeler vite monsieur le curé et réciter des paters , des avés et autres, rien n’y fit.

 

Depuis ce jour et maintenant encore au Pontic les soirs d’orage il n’y a que des fous pour s’aventurer près du vieil arbre de la mort. L’Ankou (2) est toujours là, il rode, alors gare à tous ceux qui le rencontre. Il n’y eut plus de procession et personne n’a jamais su pourquoi la croix de granit édifiée par l’église et bénie des milliers de fois s’est toujours enfoncée lentement dans le sol. Il n’en reste de visible que le haut, comme une borne, comme un siège pour rencontrer l’aù delà.

 

Mais alors me direz-vous qu’est-il advenu d’Adèle ?

 

Comme toutes les Bretonnes c’était une femme au caractère puissant, avec tout l’argent récolté et quelques anciennes économies elle acheta un nouvel attelage et pris un jeune employé , beau et pas trop près de ses sous . Un an plus tard un beau mariage entre ces nouveaux tourtereaux fit prospérer ce commerce et de nombreux enfants vinrent à leur tour animer la maison.

Plus tard Eugénie Yvonne Marie , la seconde fille d’Eugène Marie, se maria à son tour et eut deux filles, la deuxième à son tour en eut deux, et ainsi de suite et ainsi de suite… jusqu’à ce qu’une maman au vingtième siècle décide d’appeler la seconde Danielle et sa troisième Joselyne. Cette dernière se maria à son tour avec l’arrière, arrière … petit fils du passeur d’une autre rivière : l’Aber Benoit , et … celui-ci vous salue bien bas.

 

 

 

 

(1)     représentation de l’automne.

(2)     Le fantôme de la mort.

 

 

 

-  Martinique  2001 : jean-luc saliou

 

 

- Dernière édition : «Les amis de Thalie » en 2002      Semeurs de mots

 

 

 

 

  texte N° 1

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La fontaine de BENIGUET

 

 

 

            Nous voici il y a bien longtemps à SAINT-PABU , petit port Breton à l’embouchure de la rivière aber-Benoît. En face le grand large avec une multitude de roches, récifs , îles et presqu’îles où s’engouffrent des courants puissants et surprenants.

           

François, jeune marin pêcheur habite à Kertanguy avec ses parents Françoise et Jean qui trop vieux a décidé depuis déjà un an de lui laisser sont petit cotre de sept mètres aussitôt rebaptisé « Marie-Gilette ». Il est mouillé  au Passage plutôt qu’au port du Stellac’h situé trop loin au fond de l’aber car la navigation se fait à l’aviron et à la voile. Il faut donc limiter les distances dans la rivière et surtout bien connaître les courants.

 

            Un matin d’avril où la brume est très dense et le vent d’Est léger, François décide d’appareiller avec son matelot Joseph du Ruellou et son mousse Christophe de Kerlagadoc. La marée descendante , les vents et les courants pourront sans effort les faire quitter l’abri de la rivière.

 

            Brummenn  vor , Tommder en gor    ( Brume sur la mer , la chaleur à venir )

 

Lance notre bel équipage qui passe la tourelle du chien  , contourne le banc de sable de Kervigorn à la pointe de Corn ar Gazel, aperçoit le rocher de la Jument à l’ouest de l’île Garo et s’élance vers le grand large par la passe du sud-ouest.

 

Ce jour là d’autres pêcheurs et amis : Jean-Marie et son bateau « Denise », Louis et sa goélette « Saint-Joseph » , décident de faire la même route. Bientôt , après avoir levé leurs casiers, toute la flottille se retrouve à pêcher les grands lieus de lignes et si on ne se voit pas dans le brouillard, on peut s’entendre car les bruits portent loin. La pêche est si excellente que l’enthousiasme prend le pas sur la prudence et quand François sent venir le début de la nuit, il est déjà bien tard.

 

Le vent a complètement disparu, la mer est d’huile mais la dérive a pu être forte.

 

Joseph et Christophe souquent ferme sur les bois des avirons de nage tandis que François, debout, la barre du gouvernail entre les jambes, souffle dans sa corne de brume et scrute l’invisible. Tous les dix coups d’avirons on s’arrête, on écoute mais rien. En marins aguerris ils décident de poursuivre avec la même cadence mais deux heures plus tard il n’y a toujours que le silence de la nuit. Il faut prendre le temps d’écouter le moindre souffle de vent, un bruit de clapot, le passage d’un oiseau… C’est le calme plat qui dure, qui dure et déjà des prières viennent aux lèvres de nos impétueux marins qui vont devoir rester en éveil , en attente de vent, en espoir de lumière.

 

 Soudain, alors que la nuit vient de poser sa cape noire sur l’épais brouillard, de légers remous approchent du bateau. C’est une houle qui s’élève sur l’arrière et pousse irrésistiblement la coque. Un chemin de lumière s’entrouvre à son passage et bientôt apparaît un grand canal aux rivages de nuages.

 

Lentement un chant plein de gaieté s’élève autour de nos marins habitués à la rudesse des vagues mais vite endormis par le charme de ces merveilleuses voix. Au loin , l’île de Guénioc se devine. Comme par enchantement de joyeux Korrigans sont sortis de leur cache de pierre. Ces êtres insolites aiment les profondeurs de la terre car le granit Breton leur porte bonheur.

Cette nuit de pleine lune voilée de brume, dix Korrigans chantent en faisant la ronde autour du grand dolmen de l’île. Plus leur chant monte et plus un nuage de lumière vient se poser sur le bord du rivage jusqu’à ce qu’apparaisse une grande dame. C’est Margot de Guénioc, la reine des fées des abers, qui navigue debout dans son navire au couleur de lune attelé à dix petites sirènes .

 

Lancée par la fée , une gerbe d’écume réveille François qui reste émerveillé devant le spectacle de cette femme de toute beauté.

 

-         Mais qui es-tu donc belle dame ?  lui dit notre jeune marin.

 

-         Mon ami, me voici réveillée par tes rêves et prières. Les Korrigans nous ont lancés un sort,  nous sommes liés à jamais, ma fortune et ma vie sont à toi pour l’éternité.

 

-         Je veux bien de ton or, mais mon cœur appartient à la douce Gilette que je ne saurai décevoir.

 

-         Si tu ne m’épouses pas dis adieu à ton or, à l’éternité et peut être à la vie.

 

 

Après réflexion notre brave pêcheur se met à genoux, ferme les yeux et dit ce proverbe breton :

Bern n’eo ket mammenn         ( La richesse n’est pas éternelle )

Mat eo bevañ pell                    ( il est bien de vivre longtemps )

Bevañ mat avat zo gwell          ( il est mieux de bien vivre  .    )

 

 

Voyant que les traits de Margot se durcissent et désirant  garder les faveurs de la reine des fées il rajoute très vite mais naïvement :

-         Vous êtes magnifique madame et j’aurai beaucoup d’honneur à rester près de vous mais Gilette a les traits plus fins que l’aurore et les yeux plus brillants que des diamants. Elle respire les matins clairs, sourit aux saisons et chante dans le vent. Je ne peux donc que rêver à sa beauté car elle est toute ma vie.

 

Furieuse, Margot se transforme alors en une énorme tempête et jure dans un grondement de tonnerre que François ne verra plus jamais que la nuit des ténèbres. Une vague immense déferle sur le cotre en réveillant tout l’équipage. La furie des éléments est considérable emportant le bateau  vers les récifs de Menn Reun. Mais nos hommes sont de bons marins et toutes les voiles sont vite montées. La pêche est jetée à l’eau pour s’alléger et deux avirons conservés pour profiter des courants de marée haute vers la voie charretière de Garo . L’abri est de courte durée et François devenu aveugle doit naviguer à l’instinct. Toute la journée avec des vents de face, des vagues immenses et une pluie battante « la Marie-Gilette » tire en vain des bords pour entrer dans l’aber benoit.

 

De la pointe de Kervigorn dans la furie de la tempête , tous les amis et les familles désespérés mais impuissants viennent  assister au combat titanesque de la coque de noix contre les éléments.

 

 

Une petite sirène arrive soudain sur une vague et plus elle s’approche plus elle resplendit. C’est une gentille fée très mécontente de la reine qui a lancé des mauvais sorts à toutes les petites fées des abers. Pour aider nos marins, elle se transforme tantôt en dauphin pour aider aux virements, tantôt en souffle de vent pour les faire avancer et tantôt en étoile pour les diriger. La bataille est si démesurée que le bateau est plusieurs fois tout près de couler . Enfin, appelés en renfort par les doux chants de la bonne fée, plusieurs dizaines de dauphins arrivent et guident fermement « la Marie-Gilette » dans l’aber-Benoît pour l’échouer doucement sur le sable de l’anse de Béniguet.

 

Cette gentille apparition, que seul François peut voir, lui  demande de ne pas la regarder, d’aller en haut de la plage et de creuser dans le sable pour boire l’eau de la source qu’il trouvera. Très vite , François et tous les gens du village s’attèlent à la tâche et sont enfin récompensés par le jet continue d’une eau limpide que tous peuvent goûter . Aussitôt Margot  de Guénioc, transformée en éclair, est engloutie par la source . Le vilain charme s’évanouit, la tempête se calme d’un coup, le bateau se regarnit de sa pêche , François retrouve la vue et la bonne fée s’envole dans un nuage de lumière.

Alors, harassés mais heureux, les trois rescapés jurent de boire tous les jours de leur vie au moins une goutte de cette eau et six mois plus tard pour les noces de François et Gilette tout le monde vint se désaltérer à la source du bonheur.

 

Depuis ce jour l’eau de Béniguet coule toujours . Certains disent , qu’en avril un soir de brume, lorsque le chant des Korrigans envahit toutes les dunes, une goutte de cette eau se transforme en belle dame qui pleure, qui pleure ses amours perdus . Pourtant elle disparaît très vite car dans un nuage flotte alors une étoile qui raconte au monde entier comment se débarrasser des vilains charmes de cette méchante fée.

 

 

 

Jean-Luc  SALIOU   - Martinique et Saint Pabu

 

 

dernière édition  les Amis de Thalie « Papiers sensibles »  2004

 

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